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La diversité au sein des entreprises diminue-t-elle le risque de burn-out ?

Une équipe plus diverse est-elle une équipe moins exposée à l'épuisement ? Ce que disent les mécanismes à l'œuvre.

Je me suis récemment posé une question simple : la diversité dans les entreprises peut-elle réduire le risque de burn-out ?

L’idée paraît intuitive. On imagine aisément qu’un environnement plus divers, plus ouvert, plus respectueux des différences pourrait favoriser un climat de travail plus sain et donc moins propice à l’épuisement professionnel.

Mais comme d’habitude, lorsque l’on commence à creuser un sujet, les réponses apparaissent moins évidentes que l’on aurait imaginé, et, au final, plus intéressantes que l’on aurait pensé.

J’ai donc plongé dans quelques travaux de recherche en sociologie des organisations et en psychologie du travail. Ce que j’y ai découvert m’a amené à une conclusion légèrement différente de la question initiale. Ce n’est pas tant la diversité qui réduit le risque de burn-out. C’est l’inclusion.

La différence entre les deux n’est pas mince...

Diversité : une question de chiffres

La diversité n’est pas si compliquée à mesurer, malgré les contraintes légales en France. On peut observer la proportion de femmes dans une équipe, la présence de différentes générations, d’origines culturelles variées, ou encore la représentation des personnes en situation de handicap. On parle alors de représentation.

Une entreprise peut ainsi afficher des objectifs de diversité ou publier des indicateurs : 40 % de femmes dans les postes de management, davantage de diversité dans les recrutements, etc. Ces démarches sont utiles et nécessaires. Elles permettent d’identifier les déséquilibres et d’éviter certaines formes de discrimination.

Mais elles ne suffisent pas toujours à transformer réellement l’expérience de travail des individus. Car la diversité peut parfois produire un effet paradoxal.

Le phénomène du « token »

Dans les années 1970, la sociologue américaine Rosabeth Moss Kanter a étudié ce qui se passe lorsque la diversité reste très faible dans un groupe. Elle a introduit le concept de token.

Un token est une personne qui représente une minorité très peu présente dans un groupe. Par exemple :

La seule femme dans une équipe d’ingénieurs,

La seule personne issue d’une minorité dans un comité de direction,

Le seul jeune dans une équipe composée exclusivement de profils très expérimentés.

Lorsque l’on est un « token », on devient rapidement très visible, parfois même trop. La personne n’est plus seulement perçue comme un individu, mais comme le représentant d’une catégorie entière.

En français, on exprime souvent ce concept par des phrases évocatrices, comme

« La personne alibi ».

« La femme alibi »

« La caution diversité »

Ou encore « la diversité vitrine »

Ces expressions ne sont pas toujours très élégantes, mais elles décrivent bien la situation : une personne présente pour montrer que l’organisation est diverse… sans que l’équilibre réel soit encore atteint.

Quand la diversité devient une pression

Les études démontrent que les personnes confrontées au « tokenisme » sont souvent soumises à une pression spécifique. Trois mécanismes apparaissent fréquemment.

D’abord, la survisibilité. La moindre erreur est plus facilement remarquée. La personne peut avoir le sentiment de devoir constamment prouver sa légitimité.

Ensuite, les stéréotypes. Les comportements sont parfois interprétés à travers des clichés ou des attentes implicites.

Enfin, l’isolement social. Les réseaux informels se construisent entre personnes qui se ressemblent. Lorsque l’on est très minoritaire dans une équipe, il peut être plus difficile de trouver des alliés ou des mentors.

Ces facteurs sont connus pour augmenter le stress psychologique et peuvent, à terme, contribuer à l’épuisement professionnel.

Autrement dit, la diversité sans inclusion peut parfois aggraver certaines tensions plutôt que les réduire.

Le véritable facteur protecteur : l’inclusion

C’est là que la notion d’inclusion devient essentielle. Si la diversité répond à la question : « Qui est présent dans l’organisation ? », l’inclusion pose une autre question : « Est-ce que chacun peut réellement contribuer et se sentir à sa place ? »

Une organisation inclusive ne se contente pas de compter les différences. Elle s’intéresse à la manière dont les individus interagissent.

Plusieurs éléments reviennent dans les études :

La sécurité psychologique, c’est-à-dire la possibilité de s’exprimer sans crainte de jugement

La perception d’équité dans les décisions et les promotions

Le sentiment d’appartenance à une équipe

Lorsque ces conditions sont réunies, les niveaux d’engagement augmentent et les risques de burn-out diminuent.

Le seuil critique de la diversité

Les chercheurs ont également observé un phénomène intéressant : les effets positifs de la diversité apparaissent souvent lorsqu’un groupe minoritaire atteint une masse critique, généralement autour de 30 %.

En dessous de ce seuil, les individus restent souvent perçus comme des exceptions. Au-delà, les dynamiques changent, les personnes sont davantage vues comme des individus à part entière, et non comme des représentants d’une catégorie.

Ce seuil est évidemment approximatif, mais il rappelle une chose importante : la diversité est un processus, pas un simple indicateur.

Une question qui dépasse l’entreprise

Il faut enfin reconnaître une réalité de terrain : les entreprises ne contrôlent pas entièrement leur vivier de talents.

Dans certaines filières, l’ingénierie électrique d’où je viens, par exemple, les diplômés restent aujourd’hui très majoritairement masculins. Les entreprises peuvent agir, encourager, soutenir certaines initiatives… mais elles ne peuvent pas corriger seules des déséquilibres qui prennent racine bien plus tôt, dans les parcours éducatifs.

La diversité est donc aussi un enjeu de société.

La vraie question

Au départ, je me demandais si la diversité pouvait réduire le risque de burn-out. Les recherches suggèrent une réponse plus nuancée.

La diversité seule n’est pas une solution. Mais l’inclusion, elle, peut réellement transformer l’expérience de travail.

Peut-être que la bonne question n’est donc pas « à quel point sommes-nous différents ? », mais plutôt « est-ce que chacun peut être pleinement lui-même et contribuer paisiblement au collectif ? »